Comment travaille… Nicolas Ancion ?

Pour inaugurer ce blog, c’est avec rapidité et sympathie que Nicolas Ancion a bien voulu répondre à mes questions par mail, alors qu’il est actuellement en résidence d’écriture au Canada… C’est aussi ça, la vie d’écrivain ! Parcourir le monde…

Avant de découvrir ses réponses, voici un rapide récapitulatif sur le parcours de cet auteur.

A bientôt 40 ans, Nicolas Ancion a publié des romans, des nouvelles, des pièces de théâtre, de la poésie, a écrit pour les adultes et le public jeune, et officie même en tant que journaliste. Vous l’aurez compris : nous avons affaire à un touche-à-tout passionné par les mots, qui se lance sans cesse dans de nouvelles aventures littéraires… Il a même participé à un marathon d’écriture, durant 24h non stop ! Une expérience intéressante pour lui comme pour les lecteurs, puisqu’ils pouvaient suivre minute par minute l’avancement de son texte…

En bref : Nicolas Ancion n’est pas du genre à se laisser enfermer dans une petite case et à écrire toujours le même genre d’histoire. Autre symptôme de cet esprit éclectique : cet auteur d’origine Belge a vécu dans des endroits très différents : Montréal, Madrid, Bruxelles, Liège, et a actuellement sa résidence principale près de Carcassonne.

C’est en 1995 que Nicolas Ancion publie son premier roman (Ciel bleu trop bleu, éd. de L’Hebe), suivi de plusieurs autres, notamment Écrivain cherche place concierge (Ed. Luc Pire, 1998), L’homme qui valait 35 milliards (Ed. Luc Pire, 2009), et en octobre dernier L’homme qui refusait de mourir (Ed. Dis voir). Il a également écrit des recueils de nouvelles, comme Nous sommes tous des playmobiles (Ed. Le Grand Miroir, 2007), et bien d’autres choses : vous pouvez consulter sa bibliographie complète sur son site.

Enfin, voici les réponses de Nicolas Ancion à mon questionnaire, pour apprendre comment il travaille…

  • INSPIRATION
« il faut que le thème, le ton et les personnages contribuent ensemble à guider le roman dans le bon sens. »

Pour trouver une idée de roman, qu’est-ce qui vous inspire ?
Pour un roman, il faut à la fois que je tienne une idée générale (une sorte de thème, ou un genre bien précis), un personnage au moins et un ton, la voix du narrateur, qui n’est pas nécessairement le personnage. Et il faut que tous les éléments se répondent, c’est surtout ça qui est difficile à réussir pour un roman : il faut que le thème, le ton et les personnages contribuent ensemble à guider le roman dans le bon sens.

« on n’écrit pas que de bonnes choses, mais l’écriture ne vient jamais qu’en écrivant. Tout le reste, ce sont des excuses pour perdre du temps et éviter d’affronter l’écriture elle-même. »

Pendant l’écriture du roman, l’inspiration est-elle dure à trouver ? Pensez-vous que l’inspiration vient en travaillant, en s’obligeant à se mettre devant son ordinateur quoi qu’il arrive ?
Il n’y a aucun autre truc qui marche en dehors de l’écriture. Il suffit de se mettre au travail et d’avancer. On se perd parfois, on n’écrit pas que de bonnes choses, mais l’écriture ne vient jamais qu’en écrivant. Tout le reste, ce sont des excuses pour perdre du temps et éviter d’affronter l’écriture elle-même.

  • HISTOIRE, PERSONNAGES
« Il ne faut jamais tenir à ses idées, toujours laisser la place pour que l’histoire puisse émerger des mots et des phrases, pas du cerveau. »

Faites-vous un plan avant d’écrire votre roman, ou vous lancez-vous juste avec une idée de base ?
Je n’écris jamais de plan, je peux noter quelques idées, quelques infos sur les personnages mais rien de plus, je découvre l’histoire au fur à et à mesure, comme les lecteurs.

Je prends juste quelques notes, mais je ne leur suis même pas fidèle. Il ne faut jamais tenir à ses idées, toujours laisser la place pour que l’histoire puisse émerger des mots et des phrases, pas du cerveau.

Avant d’écrire, faites-vous des fiches sur les personnages, ou en tout cas les imaginez-vous de manière approfondie ?
Non, je les visualise, comme on voit les personnages dans un rêve. Je ne sais rien d’eux ou presque avant d’écrire.

Arrivez-vous à donner un ton particulier à chaque personnage, au travers des dialogues en particulier ?

C’est à mes lecteurs de le dire. Je cherche surtout à ce que mes narrateurs aient des voix et des manières de voir le monde plutôt contrastées, d’un roman à l’autre.

  • STYLE
« C’est impossible d’écrire un roman sans style et sans histoire. (…) Ça n’a pas de sens et, surtout, ça n’a pas de goût, ensuite, sous les yeux des lecteurs. »

Etes-vous adepte du style, ou préférez-vous laisser la place à l’histoire ?

On ne peut pas se débarrasser du style ou de l’histoire, ce sont les deux éléments qui fondent le roman. C’est impossible d’écrire un roman sans style et sans histoire. Laisser l’un de côté, ce serait simplement choisir de raconter une histoire de merde avec des belles phrases ou une belle histoire avec des phrases de merde. Ça n’a pas de sens et, surtout, ça n’a pas de goût, ensuite, sous les yeux des lecteurs.

Concernant votre style, vient-il naturellement, ou le travaillez-vous en réécrivant les phrases ?
Travail et style sont pour moi des antonymes. Le style, c’est la voix du narrateur, c’est la voix de l’auteur, ça ne se travaille pas, ça se lâche. Travailler son style, c’est un contre-sens. Il faut le lâcher pour revenir à la spontanéité. Le style c’est l’enfance, le travail c’est l’âge adulte, l’un n’est pas compatible avec l’autre.

Ecrivez-vous à la première ou troisième personne, et pourquoi ?
J’écris aussi à la 2e du singulier, je ne m’interdis rien. Ça dépend de qui raconte l’histoire. J’essaie surtout d’éviter les clichés littéraires, du genre passé simple et 3e personne, subjonctifs recherchés et adjectifs qu’on ne croise que dans les bouquins poussiéreux.

  • RE-ECRITURE

Est-ce que vous réécrivez beaucoup, ou la première version vous satisfait-elle généralement ?
Réécrire, pour moi, c’est relire et couper. Je le fais au moins deux fois : une première quand je tape le texte sur mon ordinateur (oui, j’écris encore au stylo, ça va plus vite), ensuite quand je le toilette pour voir s’il est lisible.

Si vous ré-écrivez, le faites-vous durant l’écriture du roman, et/ou une fois que vous l’avez terminé ?

La réécriture est un acte permanent, dès que je relis une phrase, je la corrige si elle me semble maladroite, ou je la barre si elle me semble inutile.

  • EN PERIODE D’ECRITURE
« Je devrais écrire tous les jours. Je devrais. Comme je ne le fais pas, j’écris surtout dans l’urgence, avec le feu au cul et n’importe où. »

Quelle est votre journée-type lorsque vous êtes en période d’écriture : écrivez-vous plutôt le matin ou le soir ? Vous obligez-vous à écrire tous les jours, quitte à ce que ce soit peu, et pas abouti ?

Je manque de méthode. Je devrais faire tout ça mais je passe trop de temps à le perdre à des broutilles. Je devrais me lever tôt. Je devrais écrire tous les jours. Je devrais. Comme je ne le fais pas, j’écris surtout dans l’urgence, avec le feu au cul et n’importe où.

Ecrivez-vous chez vous, ou à l’extérieur (café, bibliothèque, autre) ?

J’écris partout, surtout dans des lieux publics : trains, bibliothèques, avions, salles d’attente… Mais aussi sur la table de la cuisine, un fauteuil dans le salon…

« Je devrais m’isoler, c’est beaucoup plus efficace mais je tiens trop à ma famille pour leur infliger ça. »

Trouvez-vous plus facile de vous isoler quand vous êtes en période d’écriture, ou aimez-vous partager votre temps entre écriture et vie sociale ?

Je devrais m’isoler, c’est beaucoup plus efficace mais je tiens trop à ma famille pour leur infliger ça. Du coup, je ne suis pas aussi efficace car je ne me coupe jamais du monde.

  • ROMAN VS NOUVELLES

Préférez-vous écrire des nouvelles, des romans, ou appréciez-vous les spécificités de chaque forme ?

J’aime écrire de tout. Les nouvelles sont plus gratifiantes à court terme car elles sont vite achevées et vite lues, on sait si le texte marche ou pas. Mais à long terme les romans emmènent les lecteurs plus loin et déclenchent leur imaginaire. J’aime beaucoup ça.

Quand vous écrivez un recueil de nouvelles, le faites-vous en ayant un thème commun entre toutes, même si elles sont très différentes, ou sans vous soucier d’un thème ?
Non, je n’écris pas de recueils, je compose mes recueils avec des textes déjà écrits et publiés ailleurs. Du coup, je rassemble des textes qui semblent, à mes yeux et à ceux de mon éditeur, faire sens et composer un ensemble cohérent.

  • POUR FINIR…

Pourquoi êtes-vous devenu écrivain ?

Parce que je publiais depuis douze ans et que j’avais envie de ne plus faire que ça, de consacrer tout mon temps à l’écriture. Avant ça, je n’étais pas écrivain de profession mais j’écrivais presque autant.

« J’ai aimé écrire depuis qu’on m’a appris à le faire. Mais sans doute que l’envie d’écrire était surtout une envie de raconter des histoires »

Quand avez-vous eu cette envie d’écrire ?

Je pense que cela remonte à l’école, tout naturellement : j’ai aimé écrire depuis qu’on m’a appris à le faire. Mais sans doute que l’envie d’écrire était surtout une envie de raconter des histoires et l’origine remonte alors plus loin, elle a dû naître du plaisir d’écouter les histoires que me racontait mon père, les albums que ma mère me lisait et les pièces de théâtre de marionnettes qu’ils jouaient ensemble (c’était leur métier, j’ai grandi dans un théâtre de marionnettes). La première histoire de fiction que j’ai écrite était un conte de fée de science-fiction, pour l’école, à douze ans. J’ai dû le lire à haute voix en classe et les autres élèves ont beaucoup aimé, alors j’ai écris un deuxième épisode, puis un troisième et un quatrième sur un autre thème.

Le chemin pour faire publier votre premier roman fut-il dur ?

Pas du tout, c’est un éditeur qui a lu un très long poème que j’avais écrit et l’a publié avec l’étiquette « roman » sur la couverture. Je n’aurais jamais pensé à envoyer ce texte à un éditeur.

Arrivez-vous à en vivre ? Avez-vous une autre activité professionnelle à côté, par choix ou obligation ?

J’arrive à en vivre depuis trois ans et j’espère bien que ça durera encore longtemps.

Observez-vous une évolution de votre style au fil des années ? Y a-t-il des thèmes qui reviennent ?

Il y aurait de quoi remplir des pages et des pages à ce sujet. Heureusement, ce n’est pas aux auteurs de commenter leurs propres textes sinon on n’en sortirait pas. Je laisse le soin aux lecteurs de trouver des échos, des dissonances et des évolutions. Ils font très bien ça, d’ailleurs, notamment les lycéens dans les écoles.

Avez-vous de nombreuses idées de roman qui attendent dans un tiroir que vous les mettiez en mots, ou préférez-vous commencer un roman selon l’inspiration du moment ?

J’ai beaucoup d’idées en attente mais ce sont rarement celles-là qui se concrétisent quand j’attaque l’écriture d’un roman, je fais avec ce qui vient spontanément.

Merci à Nicolas Ancion pour ses réponses, et n’hésitez pas à visiter son site officiel, son blog, ou ses chroniques sur le monde de la BD sur le site BibliObs.

A noter que les photographies utilisées pour illustrer ont été faites par Dominique Houcmant.

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