Comment travaille… Olivier Bleys ?

Après une petite pause, voici un nouvel entretien : cette fois je m’intéresse à Olivier Bleys, qui le temps d’un passage à Paris (l’auteur vit à Bordeaux) a bien voulu me rencontrer pour répondre à mes questions.

Cet écrivain a signé de nombreux livres : romans bien sûr, mais également essais, bandes dessinées, récits de voyages, pièces radiophoniques, et a déjà une quinzaine d’années d’expériences diverses dans l’écriture. Mais on peut y déceler quelques traits communs : l’attrait pour les petites histoires de la grande Histoire, l’amour de la langue et des mots justes, et une grande envie de voyager.

Du coup, on retrouve dans la bibliographie d’Olivier Bleys (cf son blog) un roman sur les couleurs au XVe siècle (Pastel, Gallimard, 2000), un autre sur la construction de la tour Eiffel au XIXe siècle (Le Fantôme de la Tour Eiffel, Gallimard, 2002), un sur la tulipomanie aux Pays-Bas au XVIIe siècle (Semper Augustus, Gallimard, 2007), ou plus récemment un autre sur l’exil de la cour portugaise au Brésil au début du XIXe siècle (Le colonel désaccordé, Gallimard, 2010). En bref, vous aurez l’occasion de voyager aussi bien dans le temps que dans le monde…

Mais pour l’heure, retour à Olivier Bleys : comment travaille-t-il ?

  • INSPIRATION
« Mon inspiration a des sources multiples (…). En revanche ce qui est important, c’est que mon imaginaire soit sollicité. »

Pour trouver une idée de roman, qu’est-ce qui vous inspire ?
Je pense que cela dépend beaucoup du genre de roman que l’on écrit, jusqu’ici les miens s’inscrivaient plus dans l’Histoire. Mais je suis en train d’amorcer un tournant vers le roman contemporain, ou en tout cas d’Histoire récente : mon prochain sujet concerne le café dans les années 1950, donc on se rapproche ! Mon inspiration a des sources multiples : ce peut être des lectures, d’ouvrages spécialisés d’Histoire, de brochures trouvées dans un office du tourisme, ou bien la visite d’un monument, d’un lieu, d’un site de production industrielle… En revanche ce qui est important, c’est que mon imaginaire soit sollicité. Concernant le roman historique, il peut l’être par une anecdote qui me paraît particulièrement saillante, mais qui doit être méconnue du public : je n’aime pas travailler sur des événements, des périodes ou des personnages qui soient trop surexposés. En effet beaucoup de livres auront été écrits sur le sujet, la curiosité du lectorat aura été émoussée : la marge de manoeuvre pour le romancier sera faible, et ne laissera pas une grande liberté de création.

Pendant l’écriture, l’inspiration est-elle dure à trouver ?
Ce n’est pas évident – je pense qu’il y a autant d’auteurs, que de réponses… Certains comme Jules Verne ont des idées qui viennent très facilement ; d’autres ont vraiment besoin d’être inspirés et ont des jours avec et des jours sans. J’appartiens à une catégorie intermédiaire. Généralement quand je m’astreins au travail il en sort toujours quelque chose, mais c’est plus ou moins bon. Donc certains jours la production est très facile, et d’autres c’est très ralenti, très compliqué…

« Sur les deux derniers mois d’écriture qui sont les plus efficaces, ça peut venir presque tout seul, on peut presque avoir le sentiment d’être sous la dictée [des personnages]. »

L’inspiration vient-elle en s’obligeant à travailler quoi qu’il arrive ?
Il y a des moments qui sont plus propices à l’inspiration. Si je déroule la « carrière » entière d’un livre, dans mon cas entre 9 et 12 mois d’écriture, les premiers mois sont généralement peu inspirés, l’écriture peut être vraiment difficile, laborieuse, au point que je puisse croire le livre en danger. Je fais connaissance avec les situations, les personnages. Dans les 3, 4 premiers mois ou plus de mise en chantier du texte, il peut n’y avoir que 15 pages produites. En revanche vient un moment d’accélération, parce qu’on possède mieux les personnages, la situation… C’est comme faire connaissance avec des personnes réelles, dans les premiers temps les relations vont être un peu formelles, contraintes, et puis au bout d’un moment on parle plus librement, on se tutoie. C’est exactement la même chose avec les personnages : ça va de mieux en mieux, et à un moment ils sont vraiment avec vous. Sur les deux derniers mois d’écriture qui sont les plus efficaces, ça peut venir presque tout seul, on peut presque avoir le sentiment d’être sous leur dictée. Comme s’ils menaient une vie indépendante, dont l’auteur ne serait que le transcripteur… Evidemment c’est beaucoup plus agréable, les pages s’enchaînent, le livre avance bien, et au bout d’un moment on en voit la fin !

  • HISTOIRE, PERSONNAGES

Faites-vous un plan avant d’écrire votre roman, ou avez-vous juste une idée de base ?
Je ne fais pas vraiment de plan, mais pour des raisons davantage contractuelles je fais un synopsis. Le contrat qui me lie à mon éditeur m’a permis, au fil des années, de toucher l’intégralité de l’à-valoir pendant le temps d’écriture. Généralement les auteurs en début de carrière ne touchent pas d’à-valoir, puis ils en touchent mais dans des conditions peu favorables, une fois le manuscrit accepté ou le livre publié. Au fil des années on obtient des conditions meilleures, et actuellement j’en suis au point où il m’est versé intégralement pendant le temps d’écriture. Le début m’est versé alors que je n’ai pas encore produit une seule ligne.

Mais pour permettre d’établir le contrat sur une base minimale, je soumets un synopsis de 5 à 7 pages. Sans être vraiment un plan, il constitue quand même une exploration de la thématique, et cela me conduit à réunir un peu de documentation. Dans le cadre de ce synopsis je déroule le fil des événements du livre et j’y évoque la fin : il s’agit de donner un aperçu assez large du contenu du livre à l’éditeur. Mais ensuite quand j’écris en détail le livre cela peut ressembler assez peu au synopsis que j’aurais soumis. Quelques fois les événements changent, des personnages s’ajoutent ou disparaissent…

« Avant de commencer j’ai besoin d’avoir une « scène » au moins, une séquence d’action, bien présente à l’esprit (…). Mais ensuite je n’ai pas besoin de plan. »

Donc naturellement, avant, vous partiez avec juste une idée de base, sans plan ?
Avant d’avoir à rédiger des synopsis, je pouvais prendre des notes éparses mais effectivement je ne composais pas de plan. Pour moi le plan est surtout lié à une construction de l’intrigue particulière liée à certains genres, comme le polar. Si on veut introduire du suspense dans son livre, il faut connaître la fin, donc il faut bâtir un plan pour pouvoir distiller les informations. Cela suppose une vue d’ensemble de son livre. Mais il y a d’autres modes d’écriture où on peut fort bien se passer de plan, où on peut folâtrer… En revanche avant de commencer j’ai besoin d’avoir une « scène » au moins, une séquence d’action, bien présente à l’esprit. Il me faut un point de départ, une bonne accroche au début. Mais ensuite je n’ai pas besoin de plan pour dérouler le reste.

Faites-vous des fiches sur les personnages, ou en tout cas les imaginez-vous de manière approfondie avant l’écriture ?
Non mais je le fais en cours, plutôt à titre de pense-bête ou de mémo, pour éviter qu’un personnage blond devienne brun en cours de route, c’est plus pour garder mes personnages en tête. Je fais aussi des chronologies pour garder en tête la séquence des événements, pour ne pas placer des choses dans le mauvais ordre. Mais je le fais très rarement avant l’écriture.

« J’essaie de donner à chacun [des personnages] un tempérament, donc des points de vue, des positions tranchées sur tel ou tel sujet, pour que leurs conversations soient des rencontres d’opinions différentes »

Arrivez-vous à donner un ton particulier à chaque personnage, en particulier au travers des dialogues ?
En toute franchise, non, je ne pense pas que ce soit un travail que je fasse véritablement. Dans la nature des propos oui, j’essaie de leur donner à chacun un tempérament, donc des points de vue, des positions tranchées sur tel ou tel sujet, pour que leurs conversations soient des rencontres d’opinions différentes les unes des autres, sinon ce n’est pas intéressant. En revanche cela va rarement jusqu’à une imprégnation du langage, une façon de parler qui serait très différente… ça peut arriver, mais ce n’est pas toujours le cas.

  • STYLE, RE-ECRITURE
 » Le maniement de la langue est essentiel pour moi. (…) je travaille beaucoup avec les dictionnaires, j’en ai quantité chez moi. »

Etes-vous adepte du style, ou préférez-vous laisser la place à l’histoire ?
J’estime avoir un travail très précis, nourri, du style, le maniement de la langue est essentiel pour moi. Dans une tradition assez classique, j’aime le respect des règles, je travaille beaucoup avec les dictionnaires, j’en ai quantité chez moi. Pendant assez longtemps j’ouvrais souvent le dictionnaire de stylistique, d’analogies, de synonymes dont je continue d’avoir un usage abondant, enfin tout ce qui peut exister, en visant l’expression la plus juste, la plus précise, et la plus colorée possible. Donc j’essaie de ne pas relâcher ma langue, à tel point que j’ai beaucoup de mal à manier le langage parlé, au sens de relâché, avec un vocabulaire restreint. J’ai beaucoup de mal à l’intégrer à mes textes. Je préfèrerais à la limite, ce qui n’est pas le cas je crois, que mes dialogues sonnent un peu artificiels ou écrits, plutôt que de manier le langage vraiment parlé.
La construction de la narration a aussi une importance, mais par rapport aux scénaristes dans l’audiovisuel, qui se perçoivent comme des constructeurs d’histoire, donc chez qui l’histoire a une priorité devant le style, l’écriture… moi je ne suis pas dans cette position là. La langue reste très importante.

« J’ai besoin de maintenir, de ménager une certaine distance avec mes personnages. Ce qui suppose l’emploi de la troisième personne. »

Ecrivez-vous à la première, deuxième, troisième personne et pourquoi ?
Jusqu’à présent mes romans ont toujours été à la troisième personne, sauf des passages épistolaires où les personnages s’envoient des lettres, mais sinon j’emploie presque toujours la troisième personne. Certains auteurs circulent allègrement entre le je, le il, le tu, mais personnellement j’éprouve une certaine difficulté. J’ai besoin de maintenir, de ménager une certaine distance avec mes personnages. Ce qui suppose l’emploi de la troisième personne.

Est-ce que vous réécrivez beaucoup, pendant ou après l’écriture du roman ?
Par rapport à la moyenne des auteurs, je pense assez peu. Quand j’écris, c’est tout de suite très écrit, très formulé, c’est presque dans son état définitif, en tout cas du point de vue de la langue. Je peux intervenir ensuite sur l’ordre des événements, des séquences que je raccourcis, que je rallonge… mais sur la langue c’est presque tout de suite dans un état définitif. Je pense livrer des manuscrits très mûrs par rapport à la moyenne des auteurs. Pendant assez longtemps mes éditeurs ne me faisaient jamais retravailler mes manuscrits, pas du tout, ou alors c’était trois remarques dont l’application me demandait juste une après-midi. C’est une différence avec d’autres auteurs qui livrent un travail en cours, qu’ils vont reprendre en profondeur, sur la durée, avec l’éditeur. A tel point que l’éditeur a vraiment une fonction d’accoucheur du texte – ce n’est pas mon cas, j’ai l’impression de livrer un produit peut-être pas tout à fait fini, mais déjà bien avancé.

  • PERIODE D’ECRITURE

Quelle est votre journée type quand vous écrivez ?
Les journées du début et de la fin d’un roman sont très différentes. Mais prenons celles de la fin qui sont les plus intéressantes. Le matin est généralement une période favorable, durant laquelle j’écris activement, où cela avance bien. Donc je me mets au travail sitôt après avoir conduit ma fille à l’école, à 9h du matin. En revanche l’après-déjeuner, et même tout l’après-midi cela marche rarement bien. Je retrouve la possession de mes moyens vers 17h, qui coïncide avec la sortie de l’école, donc cela m’ampute d’un temps de travail efficace. Mais à 18h je recommence à bien écrire, jusqu’à peu près 20h, et il arrive que je recommence à travailler après le repas, si je suis particulièrement en verve !

« Je ne crois pas avoir jamais conduit une séance d’écriture de plus d’1h30 en continu. C’est vraiment le maximum, car cela suppose une contention de l’esprit vraiment importante. »

Vous écrivez pendant des périodes d’1h, 2h, 3h ? vous faites des pauses ?
Je fais des pauses très fréquentes, pour boire du café (beaucoup !), pour jouer du piano, ou autre. Ce qui fait que je ne crois pas avoir jamais conduit une séance d’écriture de plus d’1h30 en continu. C’est vraiment le maximum, car cela suppose une contention de l’esprit vraiment importante. Je le sais pour avoir pratiqué des formes d’écriture plus alimentaires, où là le cerveau est quand même plus au repos. Mais quand il s’agit d’écriture de création, c’est exigeant, c’est un effort, et donc je ne peux pas le conduire des heures durant. Donc je fais des pauses assez fréquentes.

« J’ai fait plusieurs résidences d’écrivain, où à priori toutes les conditions sont réunies pour faire du travail efficace, et ça n’a jamais marché. »

Ecrivez-vous chez vous, ou à l’extérieur ?
Je suis incapable d’écrire à l’extérieur ! Vraiment. Je suis incapable d’écrire dans un café, même chez quelqu’un au calme ce n’est pas possible. Mais c’est aussi parce que j’ai un dispositif d’écriture bien particulier – j’écris presque couché, sur une banquette, avec l’ordinateur sur les genoux : donc si on me propose une table et une chaise ce n’est pas la peine, je ne peux rien faire ! Je ne sais pas si j’ai vraiment besoin d’être chez moi, mais en tout cas il me faut une banquette et un peu de calme. Je ne peux pas écrire avec un fond musical. J’ai fait plusieurs résidences d’écrivain, où à priori toutes les conditions sont réunies pour faire du travail efficace, et ça n’a jamais marché. Je n’ai rien écrit de bon, ou j’ai très peu écrit, bref ça n’a jamais été très productif pour moi. Je pense que la résidence est efficace pour les gens qui ont un métier à temps plein, et qui peuvent ainsi ouvrir une parenthèse dans leur quotidien.

Trouvez-vous plus facile de vous isoler en période d’écriture, ou gardez-vous une vie sociale ?
Je n’ai pas spécialement besoin de m’isoler, je peux alterner avec des sorties… En revanche au début d’un livre, lorsque je dois trouver des idées, rédiger le synopsis, là je passe mes journées plutôt dehors. Même si j’ai souvent besoin d’internet pour faire des recherches, mais je peux aller dans des cafés, prendre des notes, aller dans des musées, me balader… Mais après pour écrire mon livre j’ai besoin d’être chez moi, en tout cas dans un environnement maitrisé.

  • NOUVELLES, BD, ETC…
« Je ne me sens pas à l’aise avec la forme courte. J’ai besoin de déployer un effort dans la durée »

Je crois que n’écrivez pas de nouvelles, pourquoi ?
Non, j’ai dû en faire quatre, il y a longtemps… Je ne me sens pas à l’aise avec la forme courte. J’ai besoin de déployer un effort dans la durée, avec le sentiment d’ouvrir un grand chantier qui va me prendre des mois, dont je vais ressortir fourbu… Je peux difficilement papillonner d’un sujet à l’autre comme le suppose la nouvelle.

Vous avez écrit des bandes dessinées et essais, pourquoi ?
Il y a plusieurs motivations. C’est une façon de s’aérer de l’écriture d’un roman – je ne sais pas s’il y a des romanciers exclusifs qui ne font que ça, mais comme tout ça peut devenir un peu étouffant, ça m’aère. Ca c’est du point de vue de la création. Mais du point de vue social ça me permet aussi de connaître d’autres milieux et de sortir des salons du livre, du milieu de la littérature : le milieu de la BD par exemple est plus jeune, les gens sont plus détendus. Et enfin il y a un aspect pragmatique, financier : ce sont des compléments de revenus, cela permet de se diversifier. Concernant les essais, certains correspondent vraiment à des idées sur lesquelles je voulais réfléchir, qui répondent à une nécessité personnelle, comme par exemple Le plafond de verre. Il y a d’autres essais qui sont plus de commande, comme certains qui sont liés à une résidence d’écrivain, et dont la contrepartie plus ou moins contractuelle était d’écrire sur un sujet donné. Il y en a d’autres enfin qui correspondent à une opportunité, par exemple une rencontre avec un éditeur pour travailler sur tel ou tel sujet. Mais je ne suis pas un essayiste dans l’âme ! Je suis plutôt un raconteur d’histoires, un romancier.

  • POUR FINIR…
« Comme pour tout métier artistique je pense que c’est la rencontre d’une aptitude, avec une réponse de la société. »

Pourquoi êtes-vous devenu écrivain ?
Comme pour tout métier artistique je pense que c’est la rencontre d’une aptitude, avec une réponse de la société. Jusqu’à mes 25 ans j’ai voulu devenir à peu près tout : j’étais très proche de la musique, je m’intéressais au cinéma, et pourquoi pas être dessinateur de BD… simplement il y a une réponse sociale qui est plus ou moins nette, forte, dans tel ou tel domaine. Il se trouve que la réponse sociale dans l’espace littéraire a été rapide, assez péremptoire, donc quand on reçoit ce genre d’encouragement à l’adolescence ou à la post-adolescence, bien sûr cela incite à persévérer. Après à force de publier, on écrit de plus en plus jusqu’à, éventuellement, pouvoir en vivre – puisque aujourd’hui il n’y a en France que 3% des auteurs qui vivent de leurs droits. Ce n’est pas permis à tout le monde d’en vivre, même parmi les auteurs de métier.

Donc c’était simplement une envie artistique qui s’est exprimée dans l’écriture, mais cela aurait pu être autre chose ?
Oui tout à fait, simplement je pense que j’avais des facultés plus affirmées dans l’écriture, et donc la réaction des professionnels a été meilleure, ce qui m’a incité à poursuivre.

La publication du premier roman a-t-elle été dure ?
C’était un peu particulier dans la mesure où la publication de mon roman était le prix : un concours avait été réalisé, et le lauréat voyait son livre publié. J’avais 22 ans. Mais pour le deuxième, trois ans plus tard, là pour le coup c’était des manuscrits adressés par la poste, ou que je déposais chez les éditeurs par souci d’économie. Là j’ai trouvé assez facilement. Je n’ai pas été confronté à ce que rencontrent, paraît-il, beaucoup d’auteurs débutants, des manuscrits envoyés, beaucoup de refus, on vous demande de reprendre, encore et encore, ça dure des mois et finalement il n’en sort rien… je n’ai pas connu cela. J’ai eu la chance d’avoir assez vite des encouragements, notamment de personnes importantes.

« En vivre est vraiment difficile, rester dans ces 3% est exigeant, cela suppose des stress financiers réguliers »

Arrivez-vous à en vivre, ou avez-vous une autre activité ?
Je n’ai pas de second métier, c’est mon activité à temps plein. En fait si je n’écrivais que des romans j’en vivrais, mais j’en vivrais chichement. Pour vivre bien, je complète par d’autres travaux d’écriture, donc des BD et autres. Mais même si j’étais rentier, je crois que ces expériences je les ferais quand même, car elles m’intéressent même à titre de pratique. En vivre est vraiment difficile, rester dans ces 3% est exigeant, cela suppose des stress financiers réguliers, mais ce n’est pas impossible non plus. C’est une contrainte, mais une fois qu’on l’a accepté il y a des compensations : on fait ce pourquoi on est fait et ce qu’on aime, ce qui est pas mal, et puis on est libre de son temps, on a des expériences variées, on rencontre quantité de gens différents…

Y a-t-il des thèmes qui reviennent dans vos romans ?
Je m’aperçois que beaucoup de mes romans, comme l’a dit un journaliste, concernent les passions. Par exemple dans l’un de mes romans nommé Pastels, un jeune teinturier cherche à aboutir au bleu idéal, il voue une véritable passion à la recherche de ce bleu… Cela m’intéresse, les trajectoires passionnées de gens qui sont entiers dans la recherche de quelque chose. Mais d’un point de vue plus thématique je parle assez souvent des rapports de pouvoirs, et du commerce. Il y a souvent des personnages de commerçants, qui ont une bonne idée, une marchandise particulière à vendre… Mais en général les rapports sociaux, les tensions sociales m’intéressent.

« Un certain nombre de voyages ont été commandés par l’écriture. je suis parti par exemple 3 mois au Brésil pour préparer un roman »

Vous avez fait beaucoup de voyages, cela vous a inspiré ?
Un certain nombre de voyages ont été commandés par l’écriture. Je suis parti par exemple 3 mois au Brésil pour préparer un roman, le dernier en date chez Gallimard (Le colonel désaccordé), et aussi pour préparer un feuilleton radio sur France Culture. C’était l’objectif déclaré du voyage. Un autre à Madagascar répondait aussi à un objectif littéraire, tout comme aux Pays-Bas… Cette année ou la prochaine je vais essayer de partir au Costa Rica pour mon roman autour du café. Mais ce n’est pas la totalité de mes voyages, j’ai une pulsion naturelle au départ, qui m’a conduit à faire des voyages un peu partout autour du monde simplement par goût. Ce pourrait même devenir chez moi un mode de vie…

« Assez souvent un thème m’habite longtemps avant que j’écrive quelque chose. »

Avez-vous plusieurs idées de romans qui attendent d’être écrits, ou faites-vous selon l’inspiration du moment ?
Assez souvent un thème m’habite longtemps avant que j’écrive quelque chose. Par exemple, je me suis toujours intéressé à l’aviation, mais cela fait bien deux ans et demi que je réfléchis au thème des ballons, des aérostats. Cela pourrait devenir un roman historique, sous un axe particulier qu’il me reste à trouver. Donc cela deviendra peut-être un jour un roman, mais par rapport au calendrier tel qu’il est aujourd’hui ce n’est pas pour tout de suite, j’ai déjà un roman qui précède sur le café… J’ai commencé à y réfléchir en 2009, je livrerai peut-être un manuscrit en 2013. Ce peut être très long la maturation. Mais c’est rare que je m’éprenne d’une idée et que de suite je travaille dessus. Généralement cela m’habite un certain temps.

Entretien réalisé le 29 mars. Merci à Olivier Bleys d’avoir gentiment répondu à mes questions. Retrouvez-le sur son blog pour suivre ses aventures faites de mots, de voyages et d’Histoire… (NDLR : l’auteur a un nouveau site, à découvrir par ici)

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