Comment travaille… Alain Blottière ?

Pour inaugurer ce retour, c’est l’auteur Alain Blottière qui a bien voulu répondre à mes questions. Et ses réponses nous viennent tout droit d’Égypte, où il se trouve actuellement : l’auteur apprécie particulièrement cette région, et s’y rend régulièrement.

Plusieurs de ses ouvrages s’intéressent d’ailleurs à ce pays, que ce soit son Petit Dictionnaire des dieux égyptiens (2000, Zulma), Un Voyage en Égypte au temps des derniers rois (2004, Flammarion), ou ses romans L’Oasis Siwa (1992, Quai Voltaire), L’Enchantement (1994, Calmann Levy), Si-Amonn (1998, Mercure de France), ou Rêveurs (2012, Gallimard), qui met en parallèle un jeune Égyptien et un jeune Français. Certains s’en éloignent, ainsi  Le Tombeau de Tommy (2009, Gallimard), évoquant un jeune résistant fusillé en région parisienne pendant la Seconde Guerre mondiale, Thomas Elek.

Mais de l’Histoire à l’Actualité il n’y a qu’un pas, et pour son dernier roman publié en 2016, Comment Baptiste est mort (Gallimard), Alain Blottière évoque l’histoire d’une famille enlevée dans le Sahara. Lauréat notamment du prix Décembre, ce roman se focalise sur le jeune Baptiste, seul rescapé… physiquement du moins. Mais que lui est-il arrivé ?

Si l’Égypte est un cadre favori, et la jeunesse un thème récurrent, on note également un attrait pour les trésors (le récit Mon île au trésor en 2013, chez Arthaud ; ou une recherche de trésor dans Saad, en 1980, Gallimard), ou les mystères (la quête d’un frère perdu dans Le Point d’eau, 1985, Gallimard ; ou les secrets révélés par un vieux prince dans L’Enchantement).

Quoi qu’il en soit, voici les réponses d’Alain Blottière sur la manière dont il travaille sur ses écrits…

Alain Blottiere

Alain Blottière (photo © Charles Guislain)

  • INSPIRATION
« Mon seul problème d’écrivain : avoir une bonne idée. Une idée qui s’impose comme un appel, une évidence, une injonction. »

Pour trouver une idée de roman, qu’est-ce qui vous inspire ?

N’importe quoi peut m’inspirer. Une œuvre d’art. Une actualité. Un truc qui tombe du ciel. Mais cela arrive rarement. Mon seul problème d’écrivain : avoir une bonne idée. Une idée qui s’impose comme un appel, une évidence, une injonction.

Thot
Pendant l’écriture du roman, l’inspiration est-elle dure à trouver ?

Elle vient. Thôt me l’envoie. Ma page ne reste jamais blanche. Et à quelques détails près, c’est bon du premier coup.

[NDLR : Thôt, dieu Égyptien, détient un savoir illimité]

D’autres romanciers vous ont-ils inspiré ?

J’aime certains romanciers. Ils sont tous morts. Et aucun ne m’inspire.

  • HISTOIRE, PERSONNAGES

Faites-vous un plan avant d’écrire votre roman (et le suivez-vous), ou avez-vous juste une idée de base ?

Pas de plan, je ne suis pas architecte. Mon édifice tient tout seul, par miracle. Mais j’ai souvent un secret de fabrication, d’ordre mathématique.

« Mes personnages sont libres. Je ne sais pas tout d’eux, et le lecteur non plus. »

Avant d’écrire, faites-vous des fiches sur les personnages, ou en tout cas les imaginez-vous de manière approfondie ?

J’aurais honte de faire des fiches. Je ne suis pas flic. Mes personnages sont libres. Je ne sais pas tout d’eux, et le lecteur non plus.

  • STYLE, RE-ECRITURE

Accordez-vous de l’importance au style, ou préférez-vous laisser la place à l’histoire ?

Je ne me pose pas ce genre de questions. Tout coule de source.

Ecrivez-vous à la 1ère, 2ème, 3ème personne, et pourquoi ?

1ère et 3ème, parce que je déteste la 2ème.

« J’essaie d’entraîner le lecteur dès les premiers mots. Je considère ça comme une sorte de politesse. »

Saad - Alain BlottiereEst-ce que vous réécrivez beaucoup, pendant ou après avoir écrit le roman ?

Je ne réécris rien. Un mot par ci par là, c’est tout. Notez que je ne m’en vante pas. C’est ainsi.

Soignez-vous particulièrement les premières et dernières phrases du récit ?

La première, surtout. J’essaie d’entraîner le lecteur dès les premiers mots. Je considère ça comme une sorte de politesse.

 

« La bonne littérature, c’est un style sans y penser, sans le vouloir. »

Observez-vous une évolution de votre style au fil des ans ? Y a-t-il des thèmes qui reviennent ?

Oui, mon style s’est simplifié. Jeune, je me regardais/écoutais écrire. Je voulais faire « littérature ». Or la bonne littérature, c’est un style sans y penser, sans le vouloir. Mon thème récurrent : l’intensité de la jeunesse.

  • PERIODE D’ECRITURE

Quelle est votre journée-type lorsque vous êtes en période d’écriture : écrivez-vous le matin, le soir… ?

J’écris surtout la nuit, à-demi allongé sur mon lit, avec une musique énergisante dans les oreilles.

Trouvez-vous plus facile de vous isoler en période d’écriture, ou aimez-vous partager votre temps entre écriture et vie sociale ?

L’essentiel est de trouver cinq-six heures de solitude et de calme absolu. Il reste donc dix-huit heures pour le reste.

Combien de temps, en général, mettez-vous à écrire un roman ?

Deux-trois mois d’écriture. Trois-quatre ans de maturation.

  • LIVRES
    Quels sont les livres ou auteurs qui vous ont le plus marqué ?

Dans l’ordre chronologique : Hector Malot, Hergé, A. J. Cronin, Arthur Rimbaud, Marcel Proust, François Augiéras, Hugo Pratt, Michel Leiris, Albert Cossery, Tony Duvert, Pier Paolo Pasolini. Et quelques autres que j’oublie. Qu’ils me pardonnent.

Un voyage en Egypte...

Avez-vous une grande bibliothèque, ou préférez-vous avoir seulement quelques livres bien choisis ?

J’ai une grande bibliothèque avec un peu n’importe quoi. Des livres hérités de mes parents, des coffee table books, mes livres cultes, les livres que j’ai écrits, des vieux trucs idiots oubliés dans le haut de la bibliothèque que j’ai la paresse de jeter parce qu’il faudrait porter l’escabeau.

« J’ai souvent besoin de documentation pour écrire mes livres. C’est donc ce que je lis en période d’écriture. »

En période d’écriture, lisez-vous, et quoi (des romans très différents de ce que vous écrivez pour vous évader, ou proche de votre sujet pour vous inspirer) ?

J’ai souvent besoin de documentation pour écrire mes livres. C’est donc ce que je lis en période d’écriture. Outre la presse, sur internet.

  • EDITION

Avez-vous mis du temps à faire publier votre premier roman ?

Le temps qu’il arrive par la poste chez Gallimard, que Georges Lambrichs (directeur de la collection « Le Chemin ») le lise et l’aime. Ça a dû prendre un mois. Mais cela va faire bientôt 40 ans et j’ai la mémoire qui flanche pour ce genre de détails.

Est-ce que votre éditeur vous conseille avant, pendant, ou après l’écriture du roman ?

Ni avant, ni pendant, ni après. Sauf pour des détails. Mais son avis m’importe beaucoup, d’autant qu’il est toujours positif (jusqu’à aujourd’hui).

Aimez-vous donner votre avis sur les détails du livre (comme la couverture), ou préférez-vous laisser cela à l’éditeur ?

Étant publié dans la collection Blanche de Gallimard, la couverture me plaît bien puisque c’est la plus chic de l’histoire universelle de la littérature. Pour le texte au dos, je donne mon avis, ou je l’écris moi-même. Pour les couvertures illustrées (poche ou traductions), je suggère des choses, donne mon avis. Une seule fois j’ai été mis devant le fait accompli, c’était horrible et à cause de cela le livre n’a pas marché.

  • POUR FINIR…
« [Je suis devenu écrivain] parce que les histoires que j’avais envie de lire n’existaient pas. »

Comment Baptiste est mortPourquoi êtes-vous devenu écrivain ?

D’abord pour imiter les auteurs que j’aimais (j’avais dix ans). Ensuite parce que les histoires que j’avais envie de lire n’existaient pas.

Arrivez-vous à en vivre, ou avez-vous une autre activité professionnelle à côté, par choix ou obligation ?

J’en vis. Mais en écrivant aussi sous pseudonymes des livres de commande.

Quelle étape préférez-vous : la recherche pré-écriture, l’écriture elle-même, la remise à l’éditeur, les dédicaces et rencontres, l’envie d’écrire sur un nouveau sujet… ?

Le moment où l’idée s’impose. Une totale euphorie.

Avez-vous plusieurs idées de romans qui attendent dans un tiroir, ou préférez-vous saisir l’inspiration du moment ?

Soit je n’ai aucune idée, soit je n’en ai qu’une et je l’écris. Donc le tiroir est toujours vide.

Avez-vous un préféré parmi tous vos romans ?

Non, ce sont tous mes enfants adorés.

Merci à Alain Blottière pour ses réponses. N’hésitez pas à consulter son site web pour plus d’informations.

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